mercredi 2 septembre 2026

Séisme du 11 juin 1909 en Provence : témoignages d’Avignon, Cadenet, Vernègues et Salon

 

Séisme du 11 juin 1909Il existe des événements historiques que l’on connaît grâce aux livres.

Et puis il y en a d’autres dont le souvenir s’est transmis dans les familles.

Un grand-père qui racontait encore avoir senti sa maison trembler à Avignon.

Une grand-mère qui n’avait que deux ans en 1909.

Un garçon de onze ans à Vernègues.

Une maison familiale partiellement détruite au Puy-Sainte-Réparade.

Un grenier endommagé à Eyguières.

Des maisons de Cadenet consolidées avec d’énormes pièces métalliques.

Des habitants de Salon réfugiés sous des tentes.

Tous ces petits souvenirs conduisent à la même date :

11 JUIN 1909.

Ce soir-là, à 21 h 14-21 h 15, la Provence connaît le séisme le plus destructeur du XXᵉ siècle en France métropolitaine.

Magnitude estimée aujourd’hui autour de 6 à 6,2.

Bilan :

46 morts et plus de 250 blessés.

La rupture s’est produite à faible profondeur, probablement sur la faille de la Trévaresse, entre Salon-de-Provence et Aix-en-Provence.


😨 À LAMBESC, ROGNES, SAINT-CANNAT ET VERNÈGUES, C’EST LA CATASTROPHE

Lambesc est l’un des endroits les plus durement frappés.

Les maisons s’effondrent ou deviennent inhabitables. Rognes, Saint-Cannat, Pélissanne et Vernègues connaissent également des destructions considérables.

Le souvenir collectif a parfaitement retenu les noms de Lambesc, Rognes et Vernègues, et les archives scientifiques confirment que ces communes se trouvaient au cœur de la zone où l’intensité fut la plus forte.

À Rognes, 14 personnes meurent.

À Saint-Cannat, le village est ravagé.

À Vernègues, la destruction est telle que le village sera finalement reconstruit plus bas.

Et aujourd’hui encore, lorsqu’on monte vers l’ancien Vernègues, on découvre des pans de murs, des maisons éventrées et des ruines progressivement reprises par la végétation.

Ce paysage marque particulièrement ceux qui le visitent : on a presque l’impression que le village sinistré de 1909 a été abandonné quelques heures auparavant.

Cette image de maisons éventrées englouties sous la végétation revient encore dans la mémoire locale.


👦 À VERNÈGUES, UN GARÇON DE 11 ANS VOIT SON VILLAGE BOULEVERSÉ

Dans une famille provençale, le souvenir est particulièrement précis.

Un grand-père maternel originaire de Vernègues avait onze ans en 1909.

Des décennies plus tard, son histoire était toujours racontée à ses descendants.

Ailleurs, une grand-mère n’avait que deux ans au moment de la catastrophe.

Ce détail pourrait sembler insignifiant.

Mais il montre quelque chose de formidable sur la transmission de la mémoire : un enfant de deux ans ou de onze ans traverse un événement historique, puis le raconte à ses enfants et petits-enfants…

et 117 ans plus tard, son souvenir existe toujours.


🏚️ AU PUY-SAINTE-RÉPARADE, DES MAISONS S’EFFONDRENT

Autre souvenir transmis dans une famille : la maison des grands-parents au Puy-Sainte-Réparade aurait été en partie détruite.

Cette fois, les données historiques confirment parfaitement l’importance des dégâts dans la commune.

Les études sismologiques donnent au Puy-Sainte-Réparade une intensité atteignant environ VIII, parmi les plus élevées relevées autour de l’épicentre.

Plus de vingt maisons sont signalées comme détruites et des victimes sont recensées.

Un détail étonnant apparaît également dans les récits historiques :

L’EAU DE CERTAINS PUITS DEVINT BOUEUSE APRÈS LA SECOUSSE.

La violence du mouvement du sous-sol était donc perceptible jusque dans les points d’eau.


🏠 À EYGUIÈRES, LE GRENIER D’UNE MAISON FAMILIALE EST ENDOMMAGÉ

Une autre histoire familiale conduit à Eyguières.

Là, le grenier de la maison aurait été détruit ou fortement endommagé.

Et là encore, la localisation est cohérente avec les données scientifiques : Eyguières apparaît dans les études macrosismiques du séisme avec une intensité évaluée autour de VI-VII.

Autrement dit, même en dehors du cœur de la catastrophe, des bâtiments pouvaient être sérieusement touchés.


😮 À AIX, LES VITRES SE BRISENT

Dans une autre famille, une grand-mère racontait que des vitres s’étaient brisées à Aix-en-Provence.

Le souvenir est particulièrement intéressant parce qu’il peut aujourd’hui être recoupé.

Les documents officiels consacrés au séisme indiquent effectivement qu’à Aix, située à une vingtaine de kilomètres de l’épicentre, des vitres furent brisées, un bâtiment vit sa toiture s’effondrer et l’électricité fut coupée.

La ville se retrouve alors plongée en partie dans l’obscurité.

Et comme dans beaucoup d’autres communes, certains habitants refusent de rentrer chez eux.

Ils préfèrent dormir dehors par peur des répliques.


🏰 À SALON-DE-PROVENCE, LE CHÂTEAU DE L’EMPÉRI EST FRAPPÉ

Salon est également durement touchée.

Environ vingt mètres de murs du château de l’Empéri s’effondrent.

Des soldats du 7ᵉ Génie d’Avignon sont envoyés sur place et participent aux opérations de déblaiement.

Mais les archives de presse permettent d’aller beaucoup plus loin.

Certains quartiers de Salon sont tellement endommagés que des maisons doivent être démolies après la catastrophe.

La rue d’Avignon figure parmi les secteurs particulièrement éprouvés.

Et cette rue existe toujours…

MAIS ELLE A CHANGÉ DE NOM.

Les archives municipales de Salon confirment que l’ancienne rue d’Avignon est devenue la rue des Frères Kennedy, après avoir également porté le nom de rue du Président-Wilson.

Ainsi, lorsqu’on regarde aujourd’hui la rue des Frères Kennedy, difficile d’imaginer que des cartes postales de 1909 la montrent remplie de gravats et de façades éventrées.


⛺ DES FAMILLES DORMENT SOUS DES TENTES EN PLEIN SALON

Voici un détail qui revient dans les souvenirs locaux et que j’ai pu vérifier dans la presse de 1909.

Après la catastrophe, de nombreux habitants ne peuvent plus rentrer dans leur maison.

Alors on installe des tentes.

Le Petit Marseillais raconte que des tentes-marabouts sont dressées autour du kiosque à musique de la place Thiers, ainsi que sur une avenue menant vers le nouvel hôpital.

D’autres baraquements sont installés place de la Liberté, puis dans la cour du nouvel hôpital et place Gambetta.

ET LA PLACE THIERS EXISTE TOUJOURS.

Les archives municipales confirment qu’elle est devenue successivement place de la Libération puis :

PLACE DU GÉNÉRAL-DE-GAULLE.

Autrement dit, des Salonais qui passent aujourd’hui tranquillement sur cette place marchent sur un endroit où, en juin 1909, des familles entières dormaient sous la toile par peur que leur maison ne s’écroule.


🏥 ET L’ANCIEN HÔPITAL ÉTAIT PRÈS DU KIOSQUE

Un autre souvenir local affirme qu’autrefois un hôpital se trouvait près de l’actuelle place des Martyrs, dans le secteur du kiosque.

Cette information est elle aussi documentée.

L’ancien hôpital Saint-Jacques se trouvait effectivement dans le secteur aujourd’hui délimité par les rues du Général-de-Gaulle, des Frères-Jourdan, des Frères-Kennedy et Théodore-Jourdan, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le kiosque à musique.

En revanche, je n’ai pas trouvé de source suffisamment solide permettant d’affirmer que cet ancien hôpital précis aurait été détruit directement par la secousse de 1909.

C’est donc une piste locale très intéressante à approfondir dans les archives municipales.


🧱 À CADENET, LES MAISONS PORTENT ENCORE DES « CLÉS » MÉTALLIQUES

Le Vaucluse est lui aussi touché.

À Cadenet, la mémoire locale conserve notamment le souvenir de bâtiments renforcés après le séisme grâce à de grandes « clés » métalliques posées sur les murs.

Ce type de dispositif correspond aux tirants utilisés pour solidariser les murs d’un bâtiment fissuré.

Les archives départementales de Vaucluse possèdent d’ailleurs toujours un procès-verbal du 18 juin 1909 consacré aux dégâts constatés dans la circonscription de Cadenet.

Quand vous voyez aujourd’hui sur une vieille façade une énorme pièce métallique en forme de croix, d’étoile ou de barre…

elle peut parfois raconter une réparation vieille de plus d’un siècle.


😮 À AVIGNON, UNE CICATRICE DE 1909 EST ENCORE VISIBLE

Une famille avignonnaise rapporte que son grand-père avait parfaitement ressenti la secousse et qu’il en parlait régulièrement.

C’est très plausible : le séisme fut nettement ressenti à Avignon.

Mais surtout, il aurait laissé à la ville une trace spectaculaire toujours visible aujourd’hui.

LE CLOCHER DES AUGUSTINS PENCHE.

Avignon Tourisme indique que l’inclinaison du clocher de la rue Carreterie remonterait au tremblement de terre de 1909.

Ses fondations reposaient notamment sur des pieux en bois et furent ultérieurement consolidées avec du béton.

Voilà donc peut-être le témoin le plus facilement observable aujourd’hui du séisme dans le Vaucluse.


🚂 À GRANS, LE SÉISME EST AUSSI DEVENU UNE HISTOIRE DE FAMILLE

D’autres souvenirs nous conduisent à Grans.

Une famille raconte qu’une arrière-grand-mère évoquait encore régulièrement le tremblement de terre. Son père travaillait au chemin de fer, et la famille vivait à Grans.

D’autres ancêtres de cette même famille étaient justement partis voir des proches du côté de Sarrians au moment de la catastrophe.

Ce genre d’histoire est précieux parce qu’il montre quelque chose que les tableaux scientifiques ne peuvent pas raconter :

OÙ ÉTAIENT LES GENS CE SOIR-LÀ ?

Qui était chez lui ?

Qui était parti voir de la famille ?

Qui travaillait ?

Qui était enfant ?

Et comment chacun a-t-il raconté ensuite ce qu’il avait vécu ?

Les données scientifiques situent d’ailleurs Grans dans une zone où l’intensité de la secousse fut estimée autour de VI-VII.


❤️ « MA GRAND-MÈRE EN PARLAIT TOUJOURS »

C’est probablement la phrase qui revient le plus souvent lorsqu’on interroge les familles.

« Ma grand-mère me racontait… »

« Mon grand-père s’en souvenait… »

« Ma mère connaissait l’histoire… »

Dans certaines familles, les généalogies elles-mêmes se reconstruisent autour de l’événement : on retrouve le nom d’une grand-mère, d’un grand-père cheminot, d’un cousin de Vernègues…

et soudain une catastrophe nationale rejoint directement l’histoire familiale.

Une descendante se souvient même d’une femme de sa famille réputée pour avoir une mémoire exceptionnelle et aimer raconter ces histoires du passé.

C’est précisément grâce à ces transmissions que certains détails ont survécu plus d’un siècle.


🌍 « C’ÉTAIT LA FAILLE DE LA DURANCE » ? PAS EXACTEMENT

Cette idée revient régulièrement lorsqu’on évoque le séisme de 1909.

La faille de la Moyenne Durance existe bien et elle appartient à une zone sismiquement active.

Mais le séisme du 11 juin 1909 est aujourd’hui attribué principalement à :

LA FAILLE DE LA TRÉVARESSE.

Les travaux scientifiques modernes situent le mécanisme de rupture sous le pli de la Trévaresse.

La confusion est compréhensible car la Provence est traversée par plusieurs structures tectoniques actives.


⚠️ ET NON, IL N’Y A PAS FORCÉMENT « UN GROS SÉISME TOUS LES 100 ANS »

Voilà une autre idée souvent répétée :

1909 + environ 100 ans = un nouveau séisme serait « en retard ».

CE RAISONNEMENT EST FAUX.

Les séismes ne fonctionnent pas comme une horloge.

Même lorsqu’on estime une période moyenne de retour sur une faille, cela ne permet absolument pas de prévoir l’année du prochain événement.

Aujourd’hui encore, Géorisques rappelle qu’on ne sait pas prévoir précisément quand se produira un séisme.

En revanche, on sait identifier les régions dans lesquelles l’aléa est plus élevé.

Et la Provence en fait partie.


🌍 LA PROVENCE N’EST D’AILLEURS PAS LA SEULE RÉGION CONCERNÉE

Certains évoquent spontanément la vallée du Rhône, la Côte d’Azur ou les Pyrénées lorsqu’on parle de risque sismique.

D’autres rappellent le terrible séisme historique de Bâle en 1356.

Et sur ce point, leur intuition générale est correcte.

En France métropolitaine, les régions où la sismicité est la plus notable comprennent principalement :

les Alpes, la Provence, les Pyrénées et le sud de l’Alsace.

Le Grand Ouest, le Massif central et certaines parties du Nord connaissent également une activité sismique plus modérée.

Cette activité est liée, à grande échelle, aux contraintes tectoniques qui affectent notamment l’Europe sous l’effet de la convergence entre les plaques africaine et eurasienne.


😳 PUIS LE 19 FÉVRIER 1984, LA PROVENCE TREMBLE DE NOUVEAU

Plusieurs habitants du Sud-Est se souviennent parfaitement d’un autre événement.

19 FÉVRIER 1984.

Pour une famille, la date est impossible à oublier :

ce jour-là, on fêtait les 90 ans de la grand-mère.

Le séisme se produit dans le secteur de Mimet-Gréasque.

Sa magnitude est évaluée autour de 4,4. Il constitue l’un des événements les plus importants enregistrés en basse Provence durant la période 1969-1988.

Une autre personne se rappelle qu’un canapé avait déjà légèrement vibré quelque temps auparavant alors qu’elle regardait la télévision.

Ce détail est intéressant comme souvenir, mais il faut être prudent : on ne peut pas en déduire qu’il s’agissait d’un signe précurseur du séisme de 1984.

Les séismes restent aujourd’hui impossibles à prévoir de cette manière.


😨 ET SI LE SÉISME DE 1909 SE PRODUISAIT AUJOURD’HUI ?

C’est probablement la question la plus inquiétante.

En 1909, toute cette région était beaucoup moins urbanisée.

Depuis, Lambesc, Salon, Aix, Rognes, Saint-Cannat, le Puy-Sainte-Réparade et les communes environnantes ont énormément grandi.

Une ancienne simulation réalisée par les pouvoirs publics en 1982 avait tenté d’évaluer les conséquences d’un événement comparable dans une région devenue plus peuplée.

Elle estimait alors un bilan possible compris entre environ :

400 ET 970 MORTS

et 1 850 à 5 650 blessés dans le scénario étudié.

Cette estimation rejoint donc partiellement les anciens chiffres de 400 à 500 victimes parfois évoqués localement.

⚠️ Mais attention : ce calcul date de 1982 et ne constitue absolument pas une prévision pour 2026.

Depuis, les normes de construction, la connaissance du risque et l’organisation des secours ont évolué.

Le ministère souligne néanmoins qu’un séisme de même intensité pourrait avoir aujourd’hui de lourdes conséquences en raison de l’importance de l’urbanisation.


🧰 « SE SOUVENIR, C’EST BIEN. SE PRÉPARER, C’EST MIEUX. »

Cette réflexion revient naturellement lorsqu’on découvre l’histoire de 1909.

Car le véritable intérêt de ces vieilles photographies n’est pas seulement de dire :

« Regardez comme c’était autrefois. »

Elles rappellent que le risque existe.

La prévention actuelle repose notamment sur les normes parasismiques, les plans de prévention, l’information des habitants et la préparation des secours.

On ne peut pas empêcher un séisme.

On peut en revanche essayer d’empêcher qu’un bâtiment s’effondre sur ses habitants.


📸 ET C’EST LÀ QUE LES VIEILLES PHOTOS DEVIENNENT EXTRAORDINAIRES

Une photographie montre une rue détruite.

Mais derrière cette photographie, une famille peut nous apprendre :

qu’une arrière-grand-mère avait deux ans ;

qu’un garçon de onze ans habitait Vernègues ;

qu’un cheminot vivait à Grans ;

qu’un grenier fut détruit à Eyguières ;

qu’une maison fut partiellement démolie au Puy-Sainte-Réparade ;

que des habitants de Salon dormirent sous des tentes ;

que des maisons de Cadenet furent consolidées avec des clés métalliques ;

et qu’un grand-père d’Avignon racontait encore la secousse à ses petits-enfants plusieurs dizaines d’années plus tard.

❤️ L’ARCHIVE DONNE LA DATE.

LA MÉMOIRE DES FAMILLES REDONNE DES VISAGES À L’HISTOIRE.

Et c’est précisément pour cela qu’il est important de recueillir ces souvenirs maintenant.

Parce que chaque fois qu’une histoire disparaît avec celui ou celle qui la connaissait…

C’EST UN PETIT MORCEAU DE 1909 QUI DISPARAÎT AVEC ELLE.

👉 Dans votre famille, avez-vous entendu raconter le tremblement de terre du 11 juin 1909 ?

👉 Possédez-vous une maison dont on vous a toujours dit qu’une fissure, un tirant ou une grosse “clé” métallique avait été posé après le séisme ?

👉 Votre famille vivait-elle à Salon, Lambesc, Rognes, Vernègues, Cadenet, Aix, Avignon, Grans, Eyguières ou au Puy-Sainte-Réparade ?

👉 Et qui se souvient personnellement du séisme du 19 février 1984 ?

Ces témoignages pourraient permettre de constituer une véritable carte de la mémoire familiale du séisme de 1909, village après village.


SOURCES DOCUMENTAIRES

BRGM ; SisFrance ; Géorisques ; ASNR ; Archives municipales de Salon-de-Provence ; Avignon Tourisme ; documents officiels de prévention des risques ; presse de juin 1909 ; souvenirs et témoignages familiaux recueillis.

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